J.B. Say

Jean-Baptiste SAY (1767-1832) : pionnier de la pensée économique libérale française

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Sa Vie

Jean-Baptiste Say est né à Lyon en 1767 dans une famille protestante. Il meurt en 1832 à Paris à l’âge de 65 ans, un an après avoir été nommé professeur au prestigieux Collège de France. Bien que connu et reconnu au niveau international comme économiste, il exerça une large palette d’activités. Il fut tout à la fois journaliste et entrepreneur. Résolument partisan du marché et de la libre concurrence, il s’attache dans ses écrits à défendre l’initiative entrepreneuriale et l’innovation. Il travailla à populariser les idées de l’économiste britannique, Adam Smith (1723-1790), auteur de l’ouvrage fondateur de l’analyse économique moderne : Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, publié en 1776 et plus connu sous sa forme abrégée La richesse des nations.

Il était l’aîné d’une famille de quatre enfants. Un de ses frères, Léon, resta célèbre plus comme industriel (la fameuse entreprise sucrière) que comme économiste. Les revers de fortune familiaux l’obligèrent à arrêter ses études. Il devint commis dans une banque, puis il reprit des études commerciales en Angleterre, qui était alors la première puissance économique mondiale. Il revint en France pour travailler dans une compagnie d’assurance et se plonge dans La richesse des nations.

Lors que la révolution de 1789 commence, il a tout juste 22 ans. Il en est l’un des partisans enthousiastes. Il entre dans le groupe des Girondins, dans le groupe de Mirabeau. Il y joue un rôle important sur les plans éditorial et journalistique. Il est favorable au coup d’Etat du 18 Brumaire de Napoléon Bonaparte, mais cet engouement pour Bonaparte fut de courte durée. En 1803, il publie la première édition de son Traité d’économie politique, dans lequel il s’oppose notamment au dirigisme économique et politique de Bonaparte. Ce dernier empêcha la publication de la seconde édition de son Traité. De plus, les dispositions prises par Napoléon Bonaparte l’empêchent aussi d’exercer sa profession de journaliste. Il se tourne alors vers l’industrie en ce début du 19e siècle, alors que la France s’industrialise progressivement.

C’est alors qu’il crée à Auchy (actuellement dans le département du Pas-de-Calais) une filature de coton qui fut prospère. L’entreprise se développe rapidement. Le nombre de salariés passe de 80 à 400. Partisan des idées en vogue à l’époque, il pratique une gestion paternaliste. En 1813, Jean-Baptiste Say quitte cependant Auchy. Il emploie alors son temps à diffuser en France les principes du libéralisme économique. En 1814, après la chute de l’Empire et la Restauration, il publie la seconde édition de son Traité. En 1819, il est nommé professeur d’économie au Conservatoire des Arts et métiers. La même année, il participe à la fondation de l’Ecole Spéciale de Commerce et d’Industrie (qui deviendra l’ESCP Europe). Peu de temps avant sa mort, il est nommé à la première chaire d’économie politique au Collège de France ; nomination qui le consacre comme un économiste reconnu à l’image de son maître à penser, Adam Smith, qui fut en premier professeur en Angleterre en titre d’économie politique. En cette fin de 18e siècle, l’économie politique devient en effet une discipline scientifique à part entière qui se distingue des disciplines dont elle découle, à savoir la philosophie et la morale.

say_bourgeois.jpgSon Œuvre

La pensée économique de Jean-Baptiste Say s’inscrit à la fois dans celle de l’école physiocratique (Quesnay, Turgot, Dupont de Nemours, etc.) et celle de l’économiste britannique Adam Smith ; ces deux écoles de pensée défendant les principes de la libre concurrence et de l’initiative individuelle. On lui doit la division devenue classique entre « Production, Répartition, Consommation ». C’est ainsi qu’il divise son Traité (1803). Mais, alors que les travaux de Smith et d’autres Classiques britanniques reposent sur la valeur travail, Say est partisan de la valeur utilité. La valeur d’un bien ne peut être appréhendée par la quantité de travail (qu’elle contient ou qu’elle achète), mais par l’utilité. En d’autres termes, la valeur des choses est fonction des besoins qu’elles permettent de satisfaire. Say se distingue notamment d’un des disciples anglais de Smith : David Ricard (1766-1834) pour qui la valeur d’un bien est déterminée par la quantité de travail nécessaire à sa production (théorie de la valeur travail incorporé qui sera reprise et poursuivie par Karl Marx). En dehors de ce point relativement secondaire dans l’œuvre de Say, ses apports théoriques sont principalement de deux ordres, d’une part sur le plan macroéconomique avec la « loi de Say », d’autre part sur le plan microéconomique avec l’analyse de l’entrepreneur et de son rôle en matière d’innovation.

Le principal apport théorique de Say réside dans ce qui deviendra la fameuse « loi de Say » ou la « loi des débouchés » qui repose sur l’idée selon laquelle l’offre (la production) crée du revenu, qui à son tour crée de la consommation. Sa théorie est résolument optimiste car plus le nombre de producteurs est important, plus l’offre est élevée, plus les débouchés sont importants. En vertu de cette théorie, les crises globales de surproduction sont impossibles. La crise peut toucher des secteurs d’activité donnés, mais non l’économie dans son ensemble. Say défend l’économie de l’offre, et fut plusieurs décennies plus tard à l’origine du renouveau de la pensée économique libérale au début des années 1980 aux Etats-Unis, puis en Europe.

Partisan du marché et du libre-échange, il s’oppose l’intervention de l’Etat dans l’économie. Le marché est la condition de la « justice économique ». L’intervention de l’Etat, quelle que soit sa forme (réglementaire, fiscale ou autres) perturbe les mécanismes du marché, et nuit aux intérêts de tous, y compris des plus pauvres (qui paient plus cher les produits qu’ils consomment). Incorrigible optimiste, Say considérait que les ressources naturelles étaient inépuisables et que le Créateur les avait mis à disposition pour satisfaire les besoins humains.

Say est également à l’origine de la théorie de l’entrepreneur qu’il relie directement à l’innovation. L’entrepreneur agit comme une sorte d’intermédiaire entre le savant qui produit la connaissance et l’ouvrier qui l’applique à l’industrie. Say définit ce qu’il appelle le « métier de l’entrepreneur ». Fin calculateur et observateur de la vie l’économique, celui-ci sait tirer partie des opportunités économiques. Mais, l’activité entrepreneuriale est semée d’embuches : l’Etat, par une réglementation trop rigide freine son activité. Quant aux banquiers, ils manquent d’empressement pour financer l’innovation. L’activité entrepreneuriale est par nature risquée. En cas de faillite, l’entrepreneur risque de tout perdre, sa fortune et son honneur… Say se montra fort critique vis-à-vis des entrepreneurs français, trop enclins à demander l’intervention de l’Etat pour protéger le marché national… l’économiste autrichien Joseph Alois Schumpeter (1883-1950) intégra l’analyse de l’entrepreneur de Say dans son analyse des cycles économiques sur la longue période.

L’œuvre de Say comme toute œuvre a été fortement critiquée en particulier après la première guerre mondiale, par le célèbre économiste anglais, John Maynard Keynes (1883-1946). Pour Keynes, les individus ne dépensent pas forcément l’intégralité de leur revenu et sont susceptibles d’en conserver une partie pour motif de précaution ou de spéculation. La production d’un bien n’entraine donc pas forcément un acte d’achat. Les invendus peuvent s’accumuler entrainant des licenciements puis des fermetures d’entreprises. Face à cette situation de crise, les entrepreneurs prennent peur, la crise s’étend. En bref, pour Keynes, la crise nourrit la crise. Seul l’Etat (que Say condamnait d’emblée) peut dénouer la situation. Les débats sont loin d’être clos aujourd’hui.

Mais, la loi de Say fut aussi largement débattue au 19e siècle, en premier lieu par l’anglais Robert Malthus (1766-1834), puis par Karl Marx (1818-1883). Malthus n’était nullement convaincu de l’impossibilité d’une crise de surproduction générale. Il considérait que les capitalistes avaient tendance à vouloir freiner la consommation pour favoriser l’épargne et par conséquent l’investissement. Marx introduisit dans l’analyse la monnaie dont Say avait fait abstraction. Or, la production capitaliste repose entièrement sur l’achat et la vente de marchandises, donc sur la monétarisation des produits. La production n’entraine pas forcément l’achat d’un bien. L’argent peut être thésaurisé, d’où un ensemble de perturbations dû à la monnaie (de la spéculation financière au krach boursier). La critique de Keynes rejoint celle de Marx.

Principales publications

saymanuscrit.jpg1803 – Traité d’économie politique ou simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se composent les richesses, Editions Crapelet.
1815 – Catéchisme d’économie politique, Crapelet.
1817 – Petit volume contenant quelques aperçus des hommes et de la société, Deterville.
1818 – Des canaux de navigation dans l’état actuel de la France, Deterville.
1826 – De l’économie politique moderne, Esquisse générale de cette science, de sa nomenclature, de son histoire et de sa bibliographie, Encyclopédie progressive, vol. 1, pp. 217-304.
1828 – Discours d’ouverture au cours d’économie industrielle.
1828-1829 – Cours complet Economie politique pratique, Guillaumin et Cie.

Vie et œuvres de J.-B. SAY

1/ Madame Say
2/ Dernière période

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Jean-Baptiste SAY (1767-1832), A pioneer of the liberal french economic thought

sayphoto1.jpgHis life

Jean-Baptiste Say was born in 1767 in Lyon in a protestant family. He died in 1832 in Paris, at 65 years old, just one year after he had been appointed professor to the famous Collège de France. Known and identified worldwide as a great economist, he exercised several jobs among them journalist and entrepreneur. Advocate of the free market and of competition, he championed entrepreneurial initiative and innovation. He spread Adam Smith’s ideas, the author of the famous economic book: “An Inquiry into the Nature and causes of the Wealth of Nations”, published in 1776, and well known as “The wealth of the nations”.

He was the elder child of a four children family. One of his brothers was famous as an entrepreneur (he founded a large sugar enterprise which still exists today). The family’s financial problems forced him to stop his studies. He then became a bank employee and finally resumed his business studies in England, which was at the time the first economic power of the world. He came back to France to work in an insurance company and to study “The wealth of the Nations”.

When the French revolution began in 1789, he was just 22 years old. He was very enthusiast. He entered the Girondins’ Group with Mirabeau. He played an important role as an editorialist and a journalist. He was in favor of the “coup d’Etat of Napoléon Bonaparte” (the 18th Brumaire), but his admiration for Napoléon lasted a very short period. In 1803, he published the first edition of his “Treatise of Political Economy”, where he refused the interventionist economic policy of Napoléon who stopped the second edition of his book. Napoléon took arrangements to stop his journalist career.  He decided to become an entrepreneur in France where industry was progressively gaining ground.

He founded in Auchy, a French small town (today in the Pas-de-Calais department, North of France), a spinning mill which became very prosperous. The enterprise quickly grew. The number of employees increased from 80 to 400 (mainly women and children). He managed his enterprise according to paternalist principals like many other entrepreneurs of the period. In 1813, he leaved from Auchy to spread liberal economic ideas. In 1814, after the collapse of the Empire and during the Restoration period, he published the second edition of his “Treatise of Political Economy”. In 1819, he was appointed as a professor to the Conservatoire des Arts et Métiers (Paris). The same year, he contributed to the foundation of the Special School of Trade and Industry (which is today the ESCP Europe). One year before he died he obtained the chair of political economics at the famous Collège de France. With this nomination, he became as famous as Adam Smith, who also obtained the first chair of political economics in his country. At the end of the 18th century, economics became an autonomous science, separated from philosophy and moral onto which economics is based.

say_bourgeois.jpgThe Writings of Jean-Baptiste Say

The thinking of Jean-Baptiste Say ensues both from the French physiocratic theory (Quesnay, Turgot, Dupont de Nemours, etc.) and the thinking of Adam Smith. They championed competition and individual initiative. Jean-Baptiste Say was at the origin of the classical analysis based on « Production, Consumption and Distribution », according to which he organized his “Treatise”. But, at the opposite of British Classical economists, he did not adopt the labor value, but the utility value. According to the utility value, the good’s value is defined by the needs that a good can satisfy. On this subject, Say distinguishes himself from another English disciple of A. Smith, D. Ricardo who considered that the value of a good is defined by the quantity of labor which was used during its production. Ricardo’s theory of the incorpored labor value was resumed and developed by Karl Marx some decades later. Apart from this subject in the writing of Jean-Baptiste Say, his main theoretical contributions are found in macroeconomics (with the famous Say’s Law) and in microeconomics (the analysis of the entrepreneur’s role in the process of innovation).

The “Say’s law” may be considered as the most important contribution of Say to the economic theory. “The Say’s law of markets” is based on the idea that production creates revenue which creates consumption. His theory is very optimistic, since the higher the number of producers is, the higher production becomes and the more numerous market opportunities are. Then, a global economic crisis (overproduction crisis) is impossible. Sector-based crisis remain possible, but not global crisis. Many years later, at the beginning of the 1980s, the Say’s law was at the origin of the revival of the liberal economic thinking in the United States and in Europe.

Supporter of the free market and of competition, Say was against public intervention in the economy. According to him, the free market is a condition to economic justice. Public policy (regulation, tax policy, etc.), disrupts the mechanisms of the free market and damages individual interests of wealthy people, but also of poor people who pay a high price. Incorrigible optimist, he considered natural resources as inexhaustive, and as a gift of the Creator to please human needs.

J.-B. Say is also known for his theory of the entrepreneur, who plays a nodal role in the innovative process. The entrepreneur is an intermediary between the scientist who creates knowledge and the worker who uses it in the industrial process. J.-B. Say defines what he calls the “job of the entrepreneur”. The entrepreneur observes the economic reality and knows how to find market opportunities. But the entrepreneur’s activity is not a way paved with roses. Public policy slows down his activity, and the bank does not often take the risk to finance a new venture. The entrepreneurial activity is indeed very risky. If the entrepreneur goes bankrupt, he can lose his fortune, but also his honor! Conversely,  J.-B. Say criticized the behavior of French entrepreneurs who asked for public intervention to protect the domestic market. The Austrian economist Joseph Alois Schumpeter (1883-1950) inserted the Say’s analysis of the entrepreneur in his own analysis of economic cycles.

Many years later, after the First World War, J. M. Keynes (1883-1946) criticized the Say’s law. According to Keynes, individuals do not spend all the money they have. They can use a part of their revenue in a speculative or a saving aim. According to Keynes, an overproduction crisis is possible. The production of a good does not always lead to its selling. Unsold goods may increase which may induce layoffs and failures. In this uncertain situation, entrepreneurs are afraid and the crisis gains ground. The crisis feeds the crisis and only a public intervention can stop it. Today, these issues are still discussed.

However, the Say’s law was also debated during the 19th century, and especially by the English economist Robert Malthus (1766-1834) and by Karl Marx (1818-1883). Malthus considered that an overproduction crisis was possible. According to him, the capitalist behavior could lead to a decrease in consumption and to an increase of savings and investments. Marx introduced money, which Say eluded, in the economic analysis. According to Marx, the capitalist economy is based on the purchase and the selling of goods, thus on the monetisation of the economy. Production does not always lead to consumption. Money may be hoarded up, leading to perturbations (from financial speculation to stock market crash).

Main publications

saymanuscrit.jpg1803 – Traité d’économie politique ou simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se composent les richesses, Editions Crapelet.
1815 – Catéchisme d’économie politique, Crapelet.
1817 – Petit volume contenant quelques aperçus des hommes et de la société, Deterville.
1818 – Des canaux de navigation dans l’état actuel de la France, Deterville.
1826 – De l’économie politique moderne, Esquisse générale de cette science, de sa nomenclature, de son histoire et de sa bibliographie, Encyclopédie progressive, vol. 1, pp. 217-304.
1828 – Discours d’ouverture au cours d’économie industrielle.
1828-1829 – Cours complet Economie politique pratique, Guillaumin et Cie.

Life and writings of J.-B. SAY

1/Mrs. Say
2/The last period