Jean-Baptiste Say et Auchy-lès-Hesdin

Auchy-lès-Hesdin il y a deux siècles : métamorphose d’un village d’Artois – « Rôle d’un Acteur Hors Pair »

1 – Auparavant : Auchy-les-Moines avant la Révolution Française

2 – Bouleversements et personnes de transitionauchy3

3 – Jean-Baptiste SAY avant son arrivée à Auchy

4 – Choix d’Auchy-les-Moines

5 – Exemple rare de démarrage rapide et de continuité

6 – Auchy-lès-Hesdin, berceau de la notion d’entrepreneur ?

7 – A Auchy, exemple d’une industrie durable

8 – Influence d’Auchy sur l’œuvre de J.-B. SAY ?

9 – Auchy devient connu d’une nouvelle catégorie de personnes

10 – A Auchy : efficacité et innovation

11 – Auchy-lès-Hesdin il y a 200 ans : exemple remarquable de mutation d’un bourg

12 – Jean-Baptiste SAY et AUCHY-lès-HESDIN par Zéphyr TILLIETTE

13 – L’arrivée de Jean-Baptiste Say à Auchy–Les–Moines 1805 / Auchy– Lès–Hesdin 2015. Révolution Industrielle sur un Site Abandonné en Pays d’Artois : Innovation et Développement Durable par Zéphyr TILLIETTE

 

1 – Auparavant :  Auchy-lès-Moines avant la Révolution Française

Sur les bords de la Ternoise, au sud-ouest de l’Artois, « Alziacus » devenu Auchy – lès – Moines était terre d’abbayes depuis l’époque mérovingienne, plus d’un millénaire avant la Révolution Française. A un monastère de religieuses qui dura de 660 à 880 environ et où mourut Saint Silvin en 718 succéda durant plus de sept siècles, de 1072 à 1791, une abbaye de moines bénédictins. Ces monastères, émanations des comtes d’Hesdin, la ville voisine, et objets de sollicitude de la part de leurs successeurs dont, pour le second, les Ducs de Bourgogne, firent de l’endroit un site monastique connu notamment pour sa grande abbatiale et ses nombreuses possessions dans la région. L’église servit de sépulture à de grands seigneurs tués à la bataille d’Azincourt. Les abbés d’Auchy présidaient des cérémonies religieuses des environs et certains d’entre eux se distinguèrent par leurs actions de restauration ou d’embellissement des lieux.
Durant presque douze siècles Auchy – les – Moines a été connu comme bourg rural, terre de chrétienté.

2 – Bouleversements et personnes de transition

A la veille de la Révolution Française l’abbaye Saint-Silvin d’Auchy s’enorgueillit de compter parmi les membres de sa communauté Dom Bétencourt, moine érudit qui rédige le cartulaire du monastère, s’embarque un temps pour l’Amérique, devient écrivain et plus tard entre à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres. En 1791 l’abbaye est supprimée et vendue comme bien national. Un enfant du pays, Eugène – Joseph Dewamin, fermier à la grande ferme de La Carnoye, et, chose rare, juriste et collaborateur du Procureur du Pas-de-Calais, maire d’Auchy, obtient la séparation de l’abbatiale des autres bâtiments monacaux, la rachète et donc la sauve.
A cette époque, deux banquiers bien connus à Paris, Isaac-Louis Grivel et Etienne Delessert s’intéressent à Auchy et rachètent en deuxième main fin 1791 les bâtiments monacaux (hors abbatiale), le parc, le moulin et sa chute d’eau. L’ensemble reste inoccupé durant treize ans mais il est maintenu en état.
Après l’appellation d’Auchy-sur-Ternoise durant la Révolution, celle d’Auchy-les-Moines est réutilisée par exemple en 1814.
Ces personnes n’annonceraient – elles pas l’arrivée à Auchy d’un personnage de grande envergure ?

3 – Jean-Baptiste SAY avant son arrivée à Auchy

Le futur acteur de la métamorphose d’Auchy, Jean-Baptiste SAY ( 1767 – 1832 ) est dans la force de l’âge à 37 ans en janvier 1804. Il est déjà l’un des trois économistes connus sur le plan international. Plus jeune, il a fréquenté Condorcet, Cabanis, Daunou, etc., a séjourné en Angleterre entre vingt et vingt-deux ans où il a découvert les travaux d’Adam Smith, le père de la science de l’Economie  et où il a constaté le développement industriel. Il est l’ami, entre autres, de Thomas Jefferson, Ambassadeur en France et deux fois Président des Etats-Unis. Brouillé, après une discussion en tête à tête, avec Bonaparte qui l’incitait à modifier ses théories, privé de ce fait de fonction officielle et exclu du Tribunat, il décide d’acquérir une expérience industrielle qui ne pourrait qu’être utile à ses travaux futurs. (Se reporter aux très nombreuses publications sur J.-B. SAY ).
J.-B. SAY s’oriente vers le filage et le tissage du coton dont il avait découvert l’essor en Angleterre et dont il vient d’étudier durant des mois les techniques au Conservatoire des Arts et Métiers. Au début de 1804 il installe ses ateliers à Maubuisson en Ile de France dans une abbaye cistercienne d’où les religieuses ont été expulsées en 1791 et qui semble présenter les avantages de la présence d’un cours d’eau et aussi de la proximité de la capitale. Se doute-t-il qu’il s’y prépare pour exercer ses talents à Auchy ?

4 – Choix d’Auchy-les-Moines

En cette même année 1804 J.-B. SAY, établi à Maubuisson, entretient des relations avec les financiers parisiens susnommés I – L Grivel et E. Delessert, propriétaires de l’ancienne abbaye d’Auchy-les-Moines. Ceux-ci lui soumettent la proposition d’y installer aussi une filature de coton. Insatisfait de l’expérience de Maubuisson, J.-B. SAY discute du projet avec Grivel en octobre et l’affaire est entérinée à l’occasion d’une visite sur place en décembre. Le site des bords de la Ternoise pourtant situé loin de Paris a les faveurs de personnalités parisiennes ! Cela grâce peut-être à sa chute d’eau et à l’espace qu’il offre.
Ce choix , apparemment surprenant, est déterminant pour l’avenir d’Auchy.

5 – Exemple rare de démarrage rapide et de continuité

C’est décidé. Dès le début de 1805 le site alciaquois devient le siège d’une intense activité : adaptation de l’établissement, définition du matériel, travaux en tous genres, formation du personnel, tâches variées auxquelles se livre J.-B. SAY, animateur hors pair. « Les travaux d’aménagement furent considérables puisqu’il fallut utiliser une chute d’eau importante pour actionner la machine hydraulique et ensuite aménager une route pour transporter les produits. C’est à cette occasion, après les travaux de mécanicien, d’ingénieur et d’architecte qu’il entrera en contact avec une main d’œuvre directement issue de la paysannerie… » (1). « Notre maison est un petit monde. Tous les métiers y sont exercés. Nous sommes maçons, forgerons, charpentiers, philosophes et aussi un peu écrivains… » (2). Il se trouve que dès la fin de cette même année 1805 la filature démarre équipée de..[nombreuses].. broches et fait travailler 80 ouvriers, dépassant déjà, selon les statistiques, la moyenne nationale de 67 ouvriers (3). Il est intéressant de citer les Statistiques Officielles du Département de Pas-de-Calais de l’année 1814 (4) : «… A Auchy-les-Moines (canton de Wail), une mécanique considérable de coton occupe un grand nombre d’ouvriers…» (4a) «… La manufacture hydraulique de coton, établie par MM. Say et Compagnie, dans l’ancienne abbaye d’Auchy, sur la Ternoise (Arrondissement de Saint-Pol), a commencé en 1805, et s’est accrue par degré. 52 broches dont 12 mull-jennys et 40 continues y sont en activité ; elle occupe 450 ouvriers et produit de 30 à 40.000 kilogrammes de coton filé par trimestre… Cette compagnie a aussi une manufacture de tissage à Abbeville, qui occupe, soit dans la ville même, soit dans les environs à peu près 550 ouvriers, de sorte que l’établissement total salarie environ 1000 ouvriers… Elle alimente de matières premières, outre les manufactures de coton d’Abbeville, plusieurs manufactures de Rouen, de Paris, de Lyon, de Troyes, de Nîmes, dans le Département de Haut-Rhin……. » (4b). Ce qui est rapporté ci-dessus de l’établissement d’Auchy ( arrondissement de Saint-Pol ) contraste avec ce qui est dit, dans les mêmes statistiques officielles départementales de la même année 1814 (4), des filatures de coton de l’arrondissement d’Arras : « …Cet état satisfaisant ( des filatures ) a continué jusqu’en 1807, le prix des cotons en laine ayant augmenté considérablement. Depuis ce temps, les filatures qui n’ont pas été abandonnées languissent et ne produisent aucun bénéfice aux propriétaires….(4c). Cette situation plus favorable à Auchy mérite d’être soulignée. La famille de J.-B. SAY emménage à Auchy dès la fin de 1805.
Cela se passe loin de Paris en un endroit à l’écart des principales voies de communication, accessible par de seuls chemins, dépourvu de main d’œuvre formée et de ressources techniques, à part un certain potentiel hydraulique. L’évolution de la manufacture est non moins spectaculaire. Le nombre d’employés atteint 300 en 1808 et 450 en 1811. 100 personnes travaillent à Hesdin pour l’épluchage du coton filé à Auchy. C’est à souligner, un tel développement industriel à Auchy il y a deux cents ans !

6 – Auchy-lès-Hesdin, berceau de la notion d’entrepreneur ?

C’est bien sûr grâce à J-B SAY qu’Auchy pourrait revendiquer ce titre. Au capitaliste qui possède les moyens de production et au propriétaire terrien, notre grand économiste préfère de loin l’entrepreneur, celui qui connaît, conçoit, réalise, fait fonctionner la manufacture et en commercialise les produits.
J.-B. SAY a exercé pleinement cette fonction à Auchy. Ce sujet de l’entrepreneur et de son rôle, en référence particulièrement à notre économiste, continue de faire l’objet de publications universitaires en France et à l’étranger. Après deux siècles, cette question est loin d’être épuisée. De nouvelles études, certaines se référant en détail à Auchy, sont toujours en cours, y compris à l’étranger (5). Elles se relient à d’autres travaux récents qui soulignent l’importance de nos jours de cette notion d’industriel responsable du fonctionnement des manufactures (6)(7)(8).

7 – A Auchy, exemple d’une industrie durable

Fin 1812 le cotonarrive difficilement en raison du blocus maritime Angleterre – France. Les filatures et usines de tissage connaissent la crise. Après huit années passées à Auchy J.-B. SAY, comme il l’envisageait un jour, retourne à Paris avec sa famille et il laisse à son associé I.-L. Grivel l’entreprise en état de marche. Des filatures ferment ; Auchy continue de fonctionner malgré des circonstances défavorables (voir 4c).

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Lorsque I.-L. Grivel meurt en 1820, l’entreprise poursuit son activité sous la direction de son fils Georges, marié à Amélie Dollfus (un grand nom du textile/Dollfus-Mieg à Mulhouse). Il se révélera un grand chef d’entreprise. En 40 ans de direction il connaîtra des périodes favorables ou difficiles mais persévérera. Surtout, en 1834, un violent incendie détruit toute l’usine y compris le toit de l’abbatiale voisine. Tout est rapidement reconstruit à plus grande échelle et modernisé. Jouissant d’une audience certaine dans la région, il est maire d’Auchy durant 30 ans. En 1859/1860, l’âge et de nouvelles difficultés d’approvisionnement du coton le poussent à céder toute l’entreprise y compris les annexes de Blingel et de Grigny installées entre temps et utilisant les chutes d’eau locales sur la Ternoise.
La palme de la longévité de cette filature est à mettre au crédit de la famille Wattinne & Cie qui la dirigera durant 130 ans de 1860 à 1989, la faisant atteindre presque deux siècles d’existence au même endroit et cela malgré des crises et trois guerres. L’usine a certes été contrainte de cesser son activité en 1989, des années cependant après d’autres filatures du pays plus importantes.
Auchy, exemple d’industrie durable…..un rêve de nos jours !!!

8 – Influence d’Auchy sur l’œuvre de J.-B. SAY

J.-B. SAY, économiste avant tout n’a pas repoussé l’occasion d’acquérir une expérience industrielle sans doute précieuse pour ses travaux futurs. Quel est l’impact de ces huit années passées pour cela à Auchy sur son œuvre à venir ? Ce sujet, que l’intéressé a parfois abordé, est l’affaire des économistes français et étrangers qui continuent d’y travailler. On sait également que J.-B. SAY, homme actif, a mis à profit les moments de répit que lui laissait la direction de la filature alciaquoise pour travailler à la 2ème édition de son célèbre « Traité d’Economie Politique » qui aura une diffusion internationale après la chute de l’Empire. Auchy, terre d’inspiration de réflexions économiques ?

9 – Auchy devient connu d’une nouvelle catégorie de personnes

Jusqu’à la Révolution Française, Auchy-les-Moines avait eu la visite de religieux, de fidèles, de seigneurs locaux et même parfois des Ducs de Bourgogne, lointains héritiers des Comtes d’Hesdin. A plusieurs reprises le village avait hélas subi le passage de troupes ennemies ou amies mais toujours redoutées.
Jusqu’à l’arrivée de J.-B. SAY et de sa famille en 1805, ce coin d’Artois était ignoré de la bourgeoisie parisienne, excepté des deux financiers Grivel et Delessert devenus propriétaires de l’ancienne abbaye. Dès 1806 des proches du fondateur de la filature, parents, amis, collaborateurs font régulièrement le voyage et même séjournent sur ces bords de la Ternoise. Ces voyages réguliers de Paris à Auchy ont été répertoriés par la tante de J.-B. SAY (9) qui y a elle-même plusieurs fois participé. Ils se déroulent souvent via Abbeville où le frère de Jean-Baptiste, Louis, dirige une manufacture de cotonnades et est l’associé de son frère dans la « Société SAY et Cie ». Ils concernent naturellement des personnes de la haute bourgeoisie parisienne ayant les moyens de se déplacer relativement souvent à l’époque sur de longues distances.
L’étude  de l’impressionnante descendance des deux frères SAY, décrite en détail dans un livre (10), conduit à d’étonnantes constatations : Le père de Léon SAY, trois fois ministre des finances sous la 3ème République, ambassadeur, membre de l’Académie Française a connu Auchy et son grand-père Jean-Baptiste y a vécu. Les filles de Jean-Baptiste qui ont vécu elles aussi à Auchy ont dans leur descendance des noms de la haute bourgeoisie, Oberkampf, Dollfuss, Raoul-Duval, etc… ou de la noblesse ( comte de Contades, président du groupe « Marie-Claire »). La famille de Louis SAY, frère de Jean-Baptiste, a habité  à Abbeville à la même époque et a bien sûr fréquenté Auchy peu éloigné. Sa descendance comporte de grands noms de la noblesse tels que les princes de Broglie, les princes de Ligne, les ducs de Brissac, etc… Les ancêtres de plusieurs d’entre eux ont donc eu des rapports étroits avec Auchy ! Georges Grivel, filateur important, a entretenu des relations suivies avec les milieux industriels concernés par le coton, ce qui a fait connaître Auchy à ces derniers. Ce type de liens entre industries de même nature s’affermira naturellement durant la longue direction des Wattinne issus eux-mêmes du patronat textile du Nord. Les aller-retour des personnes entre Lille-Roubaix-Tourcoing et les bords de la Ternoise seront fréquents. L’existence de leurs deux châteaux entraînera de nombreuses rencontres familiales à Auchy. Des collaborateurs venus d’ailleurs s’installeront dans la commune. D’Auchy-les-Moines à Auchy-lès-Hesdin, les connaisseurs du bourg ont changé.

10 – A Auchy :  efficacité et innovation

Lors de la transformation de l’ancienne abbaye en établissement industriel il a certainement fallu faire preuve d’imagination, de sens d’adaptation et d’efficacité pour agir vite (voir réf. 4 et 4a). Il est intéressant de se référer au même « Annuaire Statistique officiel du Département du Pas-de-Calais (4) de l’année 1814 : « …Les procédés suivis dans la manufacture d’Auchy, sont les plus perfectionnés de la filature en grand, tels que nous les avons imités des anglais, soit dans le système des continues, soit dans celui des mull-jennys… Les qualités des fils qu’elle exécute, sont celles que réclament les besoins les plus généraux du commerce : ce sont principalement les nos de 20 à 50, aunage de 700 aunes… …Cette manufacture consomme des cotons du Levant et de Naples, à défaut de ceux d’Amérique , qui sont bien préférables, mais dont on est privé par l’interruption du commerce maritime. Elle consomme aussi quelques cotons des Etats-Unis, qui sont les meilleurs après ceux de l’Amérique méridionale… » (4d).
Il apparaît que lors de ses premières années d’activité, la filature d’Auchy ait fait preuve d’efficacité et d’imagination pour tenir sa place dans des circonstances parfois difficiles.
C’est dans le domaine de l’énergie que l’on peut parler d’innovation à propos des premières années de la filature d’Auchy. Jusqu ‘au début de1807 celle-ci utilise l’ancien moulin alimenté par la chute d’eau relativement importante. Dès son arrivée J.-B. SAY avait demandé à Alexis Delcassan, « ingénieur hydraulique » de concevoir une nouvelle installation. Il s’agit du « moteur hydraulique » souvent cité qui fonctionne dès février 1807. « …La machine hydraulique qui fait mouvoir la majeure partie des métiers, est une des plus curieuses qu’il y ait en France, en ce qu’elle agit à distance, les principaux ateliers n’étant pas proches de la chute d’eau.. » (4e). Très tôt il y eut la volonté de développer à Auchy la capacité productive de la filature par le biais d’un moteur hydraulique. Le Sous-Préfet de l’arrondissement de Saint–Pol l’écrit au Préfet du Pas–de–Calais en avril 1806 : « …Aussi les entrepreneurs se disposent-ils à y appliquer un moteur hydraulique et il sera d’autant plus curieux qu’il communiquera le mouvements à 200 ou 300 pieds du lieu où il sera établi ; Mr. SAY, l’un des propriétaires que j’ai vu, m’a expliqué son plan… »(11).
On note dans les statistiques de la sous-préfecture de Saint-Pol de juillet 1807 cette appréciation :
« …Un moteur hydraulique est adapté à la filature de coton établie à Auchy-lès-Hesdin ; cet établissement augmente et donne de beaux produits… » (12). Les Archives Départementales du Pas-de-Calais font état de cette installation : « …Une machine hydraulique qui intrigue par le fait qu’elle fait mouvoir la majeure partie des métiers et qui est une des plus curieuses qu’il y ait en France, en ce qu’elle agit à distance, les principaux ateliers n’étant pas proches de la chute d’eau… » (13). Un historien de l’économie David Landes de Cambridge (1966) donne même cette précision : « …aucun moteur hydraulique n’était utilisé dans le nord de la France à cette date…. » (14). Il n’est donc pas superflu de parler d’ innovation concernant cette utilisation de l’énergie hydraulique à Auchy en 1807.
Plus tard, sous la direction de Georges Grivel, l’énergie fournie par la chute d’eau ne suffisait plus à l’usine rebâtie et modernisée après l’incendie de 1834. Il a fallu installer une machine à vapeur dont il est dit qu’elle était « l’une des plus originales existant en France ». ..Autre exemple d’ innovation à Auchy-lès-Hesdin !
Bien qu’éloignée des grands centres, la filature d’Auchy n’en « suivait pas moins le progrès ». De 1810 à la veille de sa fermeture en 1989, sa productivité, c’est-à-dire la quantité de coton filé par employé et par heure a été multipliée par plus de cent ! La modernisation des métiers a été une préoccupation constante ( voir les photographies des derniers équipements )a tel point qu’à la liquidation du matériel il n’y a eu aucune difficulté pour trouver des acquéreurs. Les responsables de l’entreprise avaient le souci de l’efficacité et de l’innovation. Efficacité et Innovation à Auchy, un héritage de Jean-Baptiste SAY ?

11 – Auchy-lès-Hesdin il y a 200 ans : exemple remarquable de mutation d’un bourg

Comme conséquence de la Révolution Française et de la naissance de l’industrie, des nombreuses communes ont connu une profonde évolution il y a deux siècles. La présence de Jean-Baptiste SAY, homme d’action et de grande renommée comme acteur principal, confère à la transformation d’Auchy de site monastique en site industriel un caractère unique. Le sujet a déjà été exploré. Les recherches concernant cette « métamorphose » d’un village d’Artois méritent d’être poursuivies.

12 – Jean-Baptiste SAY et AUCHY-lès-HESDIN par Zéphyr TILLIETTE

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( 1 ) – Thèse de doctorat ( Finance et J – B Say… », André Tiran, Université de Lyon, 1994.
( 2 ) – Correspondance de J-B Say, lettre à Duval, 1806.
( 3 ) – « Le Coton et ses Patrons, France, 1760 – 1840… », Serge Chassagne, 1991.
( 4 ) – « Annuaire Statistique du Département du Pas-de-Calais pour l’an 1814 » ( publié par ordre du Préfet ),
( 4a ) – « ibidem » ; p. 558.
( 4b ) – « ibidem », p. 526
( 4c ) – « ibidem », p. 520
( 4d ) – « Annuaire Statistique du Département du Pas-de-Calais » ( Préfectoral), Année 1814,  p. 526.

( 4e ) – « Annuaire Statistique du Département de Pas-de-Calais », ( Préfectoral ), Année 1814, p. 527.
( 5 ) – « An Entrepreneur on Entrepreneurship : J-B Say, on Risk, Uncertainty and Profit », Evert Schoorl, Université de Groningen, Pays-Bas, présentation à l’Université de Tokyo en 2002.
( 6 ) – « Entrepreneurship before and after Schumpeter », M. Blaug, rf. R. Swedberg, 2000,
( 7 ) – « Entrepreneurship, a Contemporary Approach », D.F. Kuratko & R.M. Hodgetts( ed. 2001 ), Fort Worth, U.S.A..
( 8 ) – « Entrepreneurship, the social science view », R. Swedberg ( 2000 ed.), Oxford.

( 9 ) – « Notes ( Cahiers ) d’Elisabeth Castanet, 1806 – 1813 / 1814 – 1825 », Tante de Jean-Baptiste SAY, Répertoire des voyages de la famille SAY et apparentés.
( 10 ) – «  Les SAY et leurs Alliances », de Joseph Valynselle, 1971.

( 11 ) – « Lettre du Sous-Préfet de Saint-Pol au Préfet du  Pas-de-Calais », avril 1806.
( 12 ) – « Statistiques de la sous-préfecture de Saint-Pol », pour avril 1807, parue en juillet 1807.
( 13 ) – «  Archives départementales du Pas-de-Calais », série M 1420, « Notice de 1810 »
( 14 ) – « Economic History of Europe », Cambridge, Davis Landes, 1966. Cité par Evert Schoorl, Pays-Bas.